Point marché : bilan 2022 et perspectives 2023

L’année se conclue et le moins que l’on puisse dire c’est que le cru 2022 aura été particulièrement challengeant. Cette année, ce sont principalement l’inflation et les Banques Centrales qui ont fait parler d’elles. En outre, la situation géopolitique mondiale a également été source d’incertitudes sur les marchés, tant par rapport à la guerre russo-ukrainienne que les tensions sino-américaines, entre autres. La crise énergétique a aussi entrainé son lot de craintes sur l’industrie européenne quant aux hausses du coût de l’énergie et donc de la compétitivité des entreprises et par conséquent de l’impact futur sur leurs marges et résultats ainsi que sur leur santé financière. Pour autant, si l’on est attentif, on peut constater certains signaux d’accalmie ou en tout cas de « mieux ». On peut donc se demander si le pire n’est pas derrière nous et si 2023 ne serait pas un nouveau terrain de jeu, avec des cartes rebattues, et un champ d’opportunités.

Inflation et Banques Centrales

Alors que l’inflation, résultante du contexte postpandémique, touchait des points historiques qui n’avaient plus été constatés depuis les années 1980, les banques centrales mondiales n’ont eu d’autre choix que de durcir drastiquement leurs politiques monétaires dans le but de la résorber au plus vite. L’enjeu majeur des Banques Centrales n’est pas des moindres puisqu’une inflation forte et durable a de lourdes et néfastes conséquences sur l’économie à moyen/long terme. Le but était donc de freiner cette hausse des prix au plus vite pour limiter dans le temps les effets dommageables sur l’économie mondiale.

De nombreuses Banques Centrales aux quatre coins du monde ont ainsi procédé à un resserrement de leurs politiques monétaires tout au long de l’année. C’est la Réserve Fédérale Américaine (FED), en particulier, qui a donné le « la » cette année. Avec ses six hausses de taux directeurs sur l’année, pour une hausse finale de 4,25%, la FED a enregistré son cycle de resserrement monétaire le plus agressif et rapide de l’histoire, portant les taux directeurs américains à un plus haut depuis 2008. Bien que lors de sa dernière réunion la FED ait décidé de ralentir le rythme de hausse des taux, le cycle de resserrement est loin d’être arrivé à son terme. En effet, le ton de Jerome Powell, Président de la FED, est resté ferme quant à la nécessité de garder une politique monétaire restrictive. Ainsi, la FED pourrait procéder à des hausses moindres mais sur une durée plus longue. En Europe, la Banque Centrale Européenne (BCE) n’a pas non plus lésiné sur ses efforts et même si elle n’a rejoint le bal des hausses de taux qu’en juillet, elle a tout de même réussi à les relever de 2,5% sur la période. Même si la BCE a, à l’instar de la FED, opéré, en décembre, à une hausse des taux plus modeste que lors de ses précédentes réunions, Christine Lagarde, sa Présidente, a particulièrement insisté sur la nécessité de poursuivre la remontée des taux à un rythme « soutenu et significatif ».

 

Vers une récession inévitable ?

Concernant l’activité économique mondiale, le constat est plutôt mitigé et les enquêtes se contredisent d’un mois sur l’autre, les indicateurs alternant entre publications au-dessus des attentes et zones de contraction. Dans ce contexte où la visibilité semble assez réduite, les analystes s’accordent néanmoins pour dire que l’Europe risque fortement de ne pas échapper à la récession l’année prochaine. A contrario, les avis sont plus mitigés concernant les Etats-Unis : tandis que certains analystes prévoient une récession légère et de courte durée, d’autres estiment qu’ils réussiront à passer entre les mailles du filet. C’est notamment le cas de Janet Yellen, secrétaire au Trésor des Etats-Unis et ancienne présidente de la FED, qui estime que l’économie américaine évitera une récession du fait de l’atténuation des goulots d’étranglement de la chaine d’approvisionnement. Même si de nombreux indicateurs d’enquête se sont dégradés et sont passés en zone de contraction de l’activité, le marché du travail, tant en Europe qu’aux Etats-Unis, reste solide et ne montre pas de signes d’essoufflement. En Zone Euro, le taux de chômage a d’ailleurs atteint un nouveau point bas historique à 6,5% en octobre.

Du côté de la Chine, le bilan économique est décevant et, est sans grande surprise, la conséquence des restrictions de la politique Zéro-Covid mise en place par le gouvernement. On s’attend désormais à une croissance de 3% pour l’année 2022 (contre 8% en 2021). Suite aux difficultés économiques subies, le gouvernement chinois a redéfini ses priorités et souhaite désormais se concentrer sur le développement économique et social et non plus sur la maitrise de l’épidémie. Cette annonce est une bonne nouvelle tant pour la population chinoise que pour les entreprises internationales qui subissaient de plein fouet les dysfonctionnements de la chaîne d’approvisionnement. Cette « réouverture » devrait ainsi redonner un second souffle à l’économie mondiale.

 

Et les marchés financiers ?

Dans cet environnement, marqué comme on l’a vu par diverses problématiques tout au long de l’année, le bilan des marchés financiers est logiquement négatif, du côté actions comme du côté obligataire :

Actions Obligations
Indice Performance 2022 Indice Performance 2022
CAC40 (France) -11,53% MTS Fr 7-10 (France) -16,60%
EuroStoxx 50 (Europe) -13,14% EuroMTS 7-10 (Europe) -17,80%
S&P500 (Etats-Unis) -19,90% iBoxx USD (Etats-Unis) -12,90%
MSCI Emerging (Pays Emergents) -21,28%
MSCI China (Chine) -22,24%
MSCI World (Monde) -19,60%

 

L’ensemble des classes d’actifs et des zones géographiques ont été impactées par la guerre en Ukraine, l’inflation rapide et les mouvements de taux. Parmi les secteurs les plus en baisse, on retrouve les sociétés foncières, la grande distribution, les sociétés financières ainsi que la technologie, tandis que la santé et les sociétés de pétrole et gaz ont bien résisté. Concernant les styles de gestion, les valeurs de croissance, réputées plus « solides » ont subi des ventes importantes en raison des niveaux qu’elles avaient atteint en 2021 et donc des prises de profits dont elles ont fait l’objet. Les valeurs plus cycliques ont, quant à elles, mieux résisté.

 

La diversification et la sélectivité au cœur des allocations

Tout le monde s’accorde à dire que l’année 2023 sera synonyme de prudence et surtout de sélectivité dans le choix des actifs. Même si le contexte demeure relativement opaque, nous estimons, aujourd’hui encore plus qu’hier, que ce sont les belles entreprises de qualité qui vont le mieux s’en sortir. L’avantage des récessions est qu’elles permettent de faire « le ménage » entre les sociétés solides et celles qui vont peiner à survivre. C’est un vivier d’opportunités pour les investisseurs, qui peut donner lieu à des opérations de fusions-acquisitions.  De manière générale, nous sommes relativement optimistes sur les trois grandes zones géographiques et en particulier sur les marchés émergents qui affichent un potentiel de rebond boursier intéressant du fait de leur sous-performance ces dernières années.

Les Etats-Unis devraient également être au rendez-vous. A notre sens, la forte dépréciation du style croissance (très représenté au sein du S&P500) du fait de la remontée des taux, ne devrait pas se poursuivre l’année prochaine. En effet, vu la proximité de la fin du cycle de resserrement monétaire américain, ces valeurs seront moins sujettes à une poursuite de leur déclin boursier.

Enfin, concernant la situation européenne, même si le spectre de la récession peut faire trembler, la réalité est loin d’être si catastrophique. En effet, il est intéressant de remettre en perspective que les sociétés de l’Eurostoxx réalisent en moyenne 50% de leur chiffre d’affaires en dehors de l’Europe. Par ailleurs, la force du dollar a été bénéfique pour ces sociétés exportatrices au cours de l’année 2022, ce qui explique en partie qu’en dépit des résultats en demi-teinte attendus pour cette année, les entreprises aient bien mieux résisté. Même si le dollar a de forte chance de dégonfler, avec la modération des hausses de taux, les entreprises européennes devraient tout de même bénéficier de la normalisation progressive de l’économie chinoise, qui assouplit ses conditions sanitaires, ainsi que de la meilleure santé de l’économie américaine.

D’un point de vue sectoriel, nous pensons que la santé devrait continuer à performer du fait de sa croissance structurelle et de sa faible sensibilité aux cycles économiques. Les thématiques porteuses (décarbonation, énergies renouvelables, eau, infrastructures, etc.) seront à notre avis également plébiscitées.

Enfin, 2023 signerait-elle enfin le retour des rendements obligataires attractifs ? Nous pensons être à un tournant relativement intéressant concernant cette classe d’actifs et estimons qu’elle dispose d’un potentiel de hausse intéressant. A l’instar des actions, nous privilégions toujours la qualité de crédit (Investment Grade). Par ailleurs, le constat est une nouvelle fois le même que pour les actions, la dette émergente a beaucoup souffert de la remontée des taux américains et de la force du dollar. Comme dit précédemment, il est fort probable que le dollar perde de sa vigueur. Ainsi, et toujours en cherchant la qualité, tant par rapport à la société, qu’au secteur ou qu’au pays, les rendements affichés semblent particulièrement attractifs.

Pour conclure, bien que nous continuions à privilégier la prudence, du fait du manque de visibilité, nous conseillons toujours de profiter de manière graduelle des opportunités, tout en continuant de privilégier les sociétés de croissance et de qualité, les thématiques porteuses (eau, énergies renouvelables, infrastructures, …) ou encore les fonds de performance absolue qui devraient bénéficier des anomalies de marché. En outre, les fonds diversifiés pourraient faire leur grand retour l’année prochaine et bénéficier du regain d’intérêt pour le marché obligataire.

En somme, diversification, sélectivité et qualité seront les maitres mots de cette nouvelle année. Enfin, n’oublions pas qu’historiquement, et comme le veut l’adage, chaque crise est une opportunité et les meilleurs points d’entrée se situent au cœur de la récession.

 

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