Lettre trimestrielle – 1er trimestre 2026

L’année 2026 a débuté sous de bons auspices. Portés par une activité économique résiliente et par des anticipations de normalisation progressive des politiques monétaires, les marchés financiers se sont engagés dans une trajectoire favorable. Avant le choc de fin février, les principaux indices actions évoluaient encore sur des niveaux élevés après avoir inscrit de nouveaux points hauts en cours de trimestre. Le CAC 40 atteignait son plus haut historique le 26 février, veille du début du conflit, à 8642 points. Au niveau macroéconomique, les premières publications ont confirmé cette dynamique, décrivant une économie mondiale encore solide malgré un environnement déjà marqué par certaines fragilités.
Mais, une fois n’est pas coutume, ce cadre relativement constructif n’a pas résisté bien longtemps face à la montée des incertitudes politiques et géopolitiques. Au fil des semaines, l’environnement de marché a profondément évolué, passant d’un scénario de stabilisation macroéconomique à une configuration nettement plus complexe, dominée par les tensions internationales et le retour du risque inflationniste.
Ce trimestre s’inscrit ainsi comme une phase de transition : celle d’un début d’année rassurant vers un régime de marché plus instable, dans lequel les facteurs exogènes ont rapidement pris le dessus sur les fondamentaux économiques. Cette évolution s’est traduite par une hausse de la volatilité, une dispersion accrue des performances et une réévaluation progressive des anticipations de marché.
Donald Trump, toujours au cœur du jeu… sur tous les fronts

Difficile d’évoquer ce début d’année sans revenir sur le rôle central joué par Donald Trump dans la dynamique de marché. Fidèle à son style, le Président américain s’est illustré par un activisme marqué, aussi bien sur le plan international que domestique, contribuant à entretenir un climat d’incertitude permanent.

Sur le front intérieur, les tensions avec la Réserve fédérale se sont intensifiées. Après plusieurs mois de critiques répétées à l’égard de la politique monétaire, l’administration américaine a franchi un cap en ciblant plus directement Jerome Powell, ravivant ainsi les interrogations sur l’indépendance de la banque centrale. Cette séquence n’est pas anodine : elle s’inscrit dans un contexte où la crédibilité des institutions monétaires constitue un pilier essentiel de la stabilité financière. Toute remise en question, même implicite, tend à renforcer la prime de risque exigée par les investisseurs.

Par ailleurs, la question de la gouvernance de la Fed devient progressivement un enjeu de marché à part entière, notamment à l’approche de la fin du mandat de son président. Les anticipations quant à la nomination de son successeur, et plus largement à l’orientation future de la politique monétaire américaine, alimentent une incertitude supplémentaire.

Sur le plan international, la stratégie américaine s’est également durcie. Entre tensions commerciales persistantes, utilisation croissante des instruments économiques comme leviers diplomatiques et posture plus offensive sur plusieurs dossiers géopolitiques dont le Venezuela, les États-Unis ont continué d’imposer leur rythme. Cette approche a contribué à fragiliser les équilibres internationaux et à alimenter un environnement de marché plus instable.

 

Le point de bascule du trimestre : le choc géopolitique en Iran

Si les tensions étaient déjà présentes en toile de fond en début d’année, la fin du mois de février a marqué un véritable changement de régime pour les marchés. L’échec des négociations autour du nucléaire iranien a rapidement laissé place à une escalade militaire d’ampleur, avec une intervention directe des États-Unis et d’Israël, suivie d’une riposte iranienne contribuant à régionaliser le conflit.

Très rapidement, les investisseurs ont compris que le risque n’était plus uniquement géopolitique, mais bien économique. Le point de cristallisation s’est concentré autour du détroit d’Ormuz, carrefour essentiel du commerce énergétique mondial : près d’un cinquième des flux mondiaux de pétrole y transitent. Sans fermeture officielle, les perturbations logistiques, la hausse des coûts d’assurance et les difficultés de navigation ont suffi à désorganiser les flux, illustrant la sensibilité extrême du système énergétique mondial à ce type de choc d’offre négatif.

Ce changement de nature du risque constitue un élément clé du trimestre : les marchés sont passés d’une lecture politique des événements à une intégration directe de leurs conséquences économiques, en particulier sur les matières premières.

 

Un choc énergétique aux implications macroéconomiques

Dans ce contexte, les prix de l’énergie ont rapidement intégré une prime de risque géopolitique. Le pétrole s’est inscrit dans un régime de prix élevé : fin mars, le Brent évoluait autour de 122 $/baril, après avoir connu de fortes amplitudes durant le trimestre. Le gaz naturel, notamment en Europe, a également connu une forte progression. Si le marché énergétique mondial apparaît aujourd’hui plus diversifié qu’auparavant, les alternatives disponibles n’ont pas permis de compenser pleinement les perturbations observées.

Les attaques ciblées sur certaines infrastructures, ainsi que les contraintes logistiques persistantes, ont renforcé les craintes d’un choc d’offre potentiellement prolongé. Cette situation a ravivé des dynamiques que les marchés pensaient progressivement dissipées depuis 2022 : celles d’un choc énergétique susceptible de se diffuser à l’ensemble de l’économie.

Alors que les données d’activité restaient globalement solides en début de période, la remontée des prix de l’énergie a rapidement ravivé les tensions inflationnistes. Les premiers signes de diffusion du choc sont apparus dans certains indicateurs de prix, sans suggérer une transmission généralisée au reste de l’économie pour le moment.

Dans ce cadre, les banques centrales se retrouvent confrontées à une situation complexe. D’un côté la hausse des prix venant de l’offre ne peut être résolue par une hausse des taux, instrument qui influence la demande, d’un autre, les marchés de l’emploi se dégradent progressivement et les potentiels de croissance pourraient être abîmés, jouant en faveur d’une détente monétaire, surtout aux Etats-Unis.

 

Des marchés sous tension, mais toujours résilients

Dans cet environnement en mutation, les marchés financiers ont évolué de manière heurtée, alternant phases de correction et rebonds techniques au gré des développements géopolitiques.

Si la résilience globale des marchés actions reste notable, la dispersion sectorielle s’est fortement accrue. Les secteurs liés à l’énergie et aux matières premières ont logiquement bénéficié du contexte, profitant de la hausse des prix et d’une meilleure visibilité sur leurs revenus futurs. À l’inverse, les segments plus sensibles à la consommation ou aux coûts d’approvisionnement ont été pénalisés, dans un contexte de pression accrue sur le pouvoir d’achat et les marges des entreprises. En début de trimestre, des craintes s’étaient matérialisées sur le secteur des logiciels et des actifs privés, spécifiquement sur la dette privée. D’une part, les investisseurs qui accueillaient positivement les investissements massifs des « hyperscalers » dans le domaine de l’intelligence artificielle en 2025 ont radicalement changé de posture en manifestant de plus en plus leurs inquiétudes quant à la capacité de ces derniers à pouvoir monétiser tous ces investissements dans un horizon relativement proche. D’un autre côté, les fonds de dette privée sont mis en difficulté par les particuliers qui souhaitent se retirer de leurs investissements par crainte que les entreprises du secteur technologique en portefeuille déçoivent.

Cette phase a également été marquée par une rotation sectorielle significative, les investisseurs ajustant leurs positions en fonction des nouvelles contraintes macroéconomiques. Les marchés obligataires ont, eux aussi, reflété cette tension, oscillant entre craintes de résurgence inflationniste et risques de ralentissement de la croissance économique : le taux américain à 10 ans a par exemple évolué autour de 4,3% fin mars, l’OAT françaises à 10 ans autour de 3.80%.

À l’issue de ce premier trimestre, le principal enjeu des prochains mois sera d’évaluer la persistance du choc énergétique et sa diffusion à l’inflation, dans un contexte où la dynamique d’activité pourrait progressivement s’émousser. Sur le trimestre, les grands indices actions ont reflété cette montée de l’incertitude. A fin mars, le MSCI World concédait près de -3,5% le Nasdaq -5,82%, et le CAC 40 -3,99% tandis que la dispersion sectorielle est restée élevée.

Les investisseurs devraient rester attentifs à trois facteurs clés : l’évolution de la situation au Moyen-Orient et des conditions de circulation dans le détroit d’Ormuz, la réaction des banques centrales face à des pressions de prix notamment au niveau de l’offre et la capacité des entreprises à préserver leurs marges dans un environnement de coûts plus contraint.

 

Article rédigé le 6 avril 2026.

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